le trou noir de ma galaxie stomacale

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L'autre soir au téléphone maman m'annonce qu'elle a assisté à une conférence sur la nutrition sur son lieu de cure à NAYRAC en Ardèche et me dit, toute contente, j'ai pris pour toi tous les documents qui te disent ce qu'il est bon de manger pour toi!!! je lui ai répondu:" mais maman c'est pas la peine tu sais bien que je sais ce que je dois manger.....". Depuis l'adolescence, j'ai des problèmes de poids dû à une boulimie qui vient et qui va sans que j'ai un quelconque pouvoir sur elle; j'ai déjà perdu près de 200kg depuis que j'existe, mais à chaque fois le poids augmente; maintenant ça devient catastrophique car je suis à 3 chiffres, quand on dépasse les 100, ça devient dangereux, c'est comme sur la route! Quand on a des problèmes de poids tout le monde veut y mettre son grain de sel, en t'inondant de conseils, certes ça part de bons sentiments, mais je dis STOP. Personne, à part les gens atteint du même problème ne peuvent se mettre à ma place; il est vrai que les médicaments que j'avale(le laroxyl entre autre) ces derniers temps ne facilitent pas les choses; pas plus que les problèmes de thyroïde.
Qui peut savoir ce que je ressens quand j'ai des moments terribles de creux intérieur, pire que le trou noir de notre galaxie et que pour aller mieux j'ai besoin de le remplir, de le combler, de le nourrir.
Qui peux comprendre?
qui peux connaître?
Ce grand VIDE qui m'envahie?
Qui peut saisir pourquoi je suis d'un seul coup capable d'engloutir des quantités démesurées de nourriture, pour occuper, gonfler, boucher cet abîme source d'angoisses et de mal-être intense jusqu'à provoquer des tensions voire des douleurs abdominales parce que c'est trop...
37 ans qu'on me serine avec des paroles, des conseils, des consignes, des recommandations du genre:
"mais voyons pour maigrir il suffit de manger moins
de faire attention
de ne pas grignoter
d'avoir de la VOLONTE.
Il ne suffit pas de savoir il faut pouvoir!
Ce grand gouffre est né vers mes 15 ans, avant j'étais une enfant chétive voire malingre, qui avait droit régulièrement à des cures d'huile de foie de morue, BERK quelle horreur!!!
Un voyage, en Angleterre durant l'été 1970, et hop 7 kgs de plus en 3 semaines, mais pas dans mes bagages!! Je me rappelle les réflexions que cette prise de poids évidente a pu susciter; je suis devenue pour JP la grosse BERTA en référence au plus gros canon de la guerre de 1914, sympa non? Papa, le dimanche, maman faisant souvent de la bonne patisserie, croyait me rendre service en me disant, voyant que j'allais en prendre un second morceau: "si tu en reprends ça va aller dans ton cul! "ce genre de réflexion avait le plus souvent l'effet inverse recherché!! j'ai souvenir d'avoir eu une balance pour me peser, comme cadeau à Noël. J'avoue que sur le coup en avoir ressentie de la rancoeur, mais je sais maintenant que ça partait d'un bon sentiment et que ce n'était qu'une succession de maladresses, mes parents étant déroutés par mon comportement alimentaire.
C'est ainsi que débuta cette longue errance sur le chemin de la minceur. Jai été mince(59kg) que quelques semaines après un régime WEIGHT-WATCHER en 1983, les photos de mariage en témoignent. J'ai effectivement perdu 18 kg pour en reprendre 20 en 9 mois, le temps de m'appliquer à fabriquer mon premier ANGE: BARBARA.
Le problème s'était amplifié l'été 1974, je n'avais pas encore 18 ans, après une agression sexuelle que j'ai tenue secrète au niveau de mes parents, jusqu'en 2003. J'ai avoué, entre autre, cette terrible épreuve dans un long courrier de 22 pages, qui a mis 6 mois à naître sous ma plume, durant un long séjour en clinique psychiatrique à Hauteville pendant l'hiver 2003-2004. Pardon mes chéris de vous avoir compliqué la vie durant ces différentes hospitalisations toujours plus ou moins longues où vous n'aviez que le fantôme d'une maman.
Je n'ai jamais vraiment eu conscience du contour de mon propre corps, que j'ai 20 kg de plus ou de moins, je ne sens pas grande différence, seuls des éléments extérieurs comme la balance, le miroir, la taille des vêtements me donnent des repères.
D'ailleurs je bouscule fréquemment les gens sans le vouloir, je me tape dans les portes, les meubles relativement souvent, les différents hématomes le prouvent; je n'habite pas mon corps, je cohabite!!!
Je n'ai pas souvenir d'avoir un jour aimé mon corps. A l'adolescence, bingo, j'ai hérité d'un acné rebel, qui me fit souffrir et physiquement et moralement durant plusieurs années. Que de fois j'ai pu envier ma soeur Sylvie qui n'avait ni kg en trop ni boutons disgracieux, de plus elle aimait et savait le faire remarquer, toujours à bon escient!!on né peste et on le reste!! des évènements récents le confirment.
Depuis des années, durant un travail psychothérapeutique, j'ai compris certaines choses, malheureusement je n'ai toujours rien réglé. Je pense que cet embonpoint qui s'est développé avec les années était une façon de me protéger des hommes, pour ne pas avoir à revivre cet évènement abject que j'ai subit lors de ce viol; à ce jour je regrette la chape de silence qui s'est installé sur cette tragédie. Je n'avais qu'un seul choix: refouler tout cela au plus profond de moi-même, au point de n'avoir plus que des bribes de souvenirs, le temps a passé et pourtant je traîne toujours ça comme un boulet dans ma vie sentimentale. De nos jours les jeunes victimes arrivent, certainement plus facilement à porter plainte et tant mieux, pour être reconnue victime et que les coupables soient condamnés. Cela aide, du moins c'est ce qui se dit,à se reconstruire plus facilement. J'aurai du parler mais je n'ai pas pu.

1 commentaire:

B. a dit…

Le langage réalise, en brisant le silence, ce que le silence voulait et n’obtenait pas.
Maurice Merlau-Ponty, Le Visible et l’Invisible