

Depuis hier, d'étranges sensations m'envahissent. La femme de ménage à laquelle j'ai droit depuis ma sortie de l'hôpital est un peu à l'origine de cette situation; faisant du rangement dans mon bureau elle me dit avoir rangé toute une série de vieux agendas, je les lui demande étant décidée à les jeter; avant de le faire, je passe un moment à les feuilleter, des tas d'images du passé entre 2001 et 2004 défilent, des sentiments refont surface, à quoi bon remuer ce passé si douloureux lié à mon divorce entre autre, une simple feuille attire mon attention, je ne sais pourquoi, dessus se trouve des coordonnées de la copine de NANO mon petit frère qui a mis fin à ses jours.
Il avait 26 ans, c'était le 7 avril et j'étais enceinte de mon Thom, ayant déjà des contractions de temps en temps à l'époque, certainement liées à notre déménagement récent, mon mari a pris contact avec le gynécologue qui lui a conseillé dans la mesure du possible de me cacher cette monstrueuse nouvelle, Nano habitant la région parisienne alors que nous étions dans une province lointaine, le terme de ma grossesse étant le 23 mai. C'est donc en accord avec mes parents que T. a décidé de cacher la triste vérité à ma soeur J. qui elle venait d'accoucher et à moi; je suis restée dans l'ignorance la plus totale jusque début juin, mon fils avait 15 jours et ce terrible secret m'a permis d'accoucher dans la joie. Merci à ceux qui m'aimaient d'avoir fait semblant durant plus d'un mois, d'avoir eu le courage de cacher leur chagrin pour me protéger. Il est vrai, que je n'oublierai jamais ce moment tragique, lorsque mon mari m'a appris l'insoutenable nouvelle; j'étais dans la toute petite salle de bain de la vieille maison en train de changer mon bébé qui venait de téter, mon fils a entendu un effroyable hurlement sortant du fond de mes entrailles, avant de me sentir étouffée par des sanglots de colère après mon frère d'avoir fait l'irréparable. On m'a édulcoré la vérité, et j'ai cru pendant plusieurs années que mon frère s'était suicidé avec des médicaments alors qu'il avait enlevé la trappe du grenier, dans la maison que mon grand-frère lui louait en région parisienne, afin de pouvoir accrocher solidement une corde à une poutre. Son amie l'a trouvée pendue dans l'escalier, un lundi en rentrant du travail. Détail sordide, vrai ou faux je n'ose plus poser de question: il s'était attaché les mains avant de dire adieu à la vie, oubliant tous les gens qui l'aimaient si fort autour de lui. Il avait écrit une lettre, cela aussi je l'ai su bien plus tard, j'ai eu il y a quelques années le courage de demander à papa de voir cette lettre, et là encore une fois, j'ai été abasourdie en entendant mon père me dire qu'il avait recopié la lettre dans un petit carnet noir, en corrigeant les fautes qu'il ne supportait pas; et la véritable lettre il l'avait déchiré!!!
Je reviens donc au moment où mes yeux furent quelques secondes accrochées au coordonnées d'une pharmacie bordelaise, et là, le besoin incoercible d'appeler ce N° de téléphone me submergea. Une certaine appréhension m'inonda, que vais-je lui dire? comment va-t'elle le prendre? J'essayai de me dire d'être moi, et de laisser les mots venir de mon coeur. Je tapais donc le N° sur mon téléphone, le coeur battant , la gorge serrée, quelqu'un me répondit, et là surprise j'apprends que C.a vendu la pharmacie depuis 8 ans et qu'elle est partie à l'île de la Réunion.
Alors à tout hasard, quelque chose au fond de moi, me pousse à chercher encore....je tape dans google l'annuaire de cette île, je regarde dans un premier temps toutes les pharmacie, cherchant un indice pouvant me mettre sur une piste, rien!!! alors j'écris tout simplement son nom et son prénom et là apparaît ses coordonnées, es-ce la bonne personne que je cherche? Je compose le N°, ça sonne un coup et vite je me ravise et raccroche en me disant qu'il fait peut être nuit là bas. Après une recherche sur le net je découvre qu'il y a 3 heures de décalage en moins; ouf je n'ai réveillé personne, je projette donc d'appeler un peu plus tard; vers 17h chez nous je recompose le fameux numéro, un monsieur me répond, et je demande à parler à C. de de la part de... et je ne cache pas mon identité; je l'ai au bout du fil et reconnais bien sa voix, je suis émue je ne sais si je dois lui dire tu ou vous, un flot de parole s'entrechoque dans ma bouche, je lui parle du mal être de mes parents vieillissant, de mon ignorance totale des évènements tragiques avant et après la disparition de mon frère, au début elle est sur la défensive, ne souhaite pas remuer ce passé douloureux qui l'a elle aussi plongé dans les abîmes, je lui demande si Nano avait replongé dans la drogue, à demi mot je crois comprendre que oui; je n'en dis pas plus et lui demande de ses nouvelles, j'apprends avec joie qu'elle a enfin refait sa vie et qu'elle a un petit garçon de 5 ans , je suis heureuse qu'elle est pû se reconstruire et connaître le bonheur, elle me demande de mes nouvelles et là ,je n'effondre en lui parlant de mon divorce de mes problèmes de santé, heureusement que dans le lot j'ai des évènements heureux qui apaisent un instant mes émotions, mes 3 enfants, je lui parle aussi de mon projet de voyage au Mexique qui arrive à grande vitesse; Quelqu'un sonne à la porte, je sais que c'est Mireille qui vient me chercher pour aller manger des crêpes chez Armelle, je lui ouvre tout en étant au téléphone, les larmes reviennent me noyer, C. est à l'écoute, on décide de s'échanger nos adresses mails et je me décide à la quitter. Mireille est silencieuse, elle sait par où je suis passée, je lui explique en deux mots que je viens de reprendre contact avec l'amie de mon petit frère, je n'ai pas vraiment eu de réponses aux questions que je me pose, mais j'ose espérer pouvoir entamer une correspondance avec elle, et peut être qu'au fil du temps j'apprendrai des évènements qui me permettrons de remplir des blancs de mon passé qui m'aideront à comprendre, quoi je ne sais pas, Jean Noël est parti un 7 avril, au bout d'une corde et j'ai eu mon accident de travail un 6 avril, et me retrouve depuis avec un torticolis chronique, comme si j'étais moi aussi en vie mais pendue à une corde invisible!!!

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