
je suis allée manger à midi chez mes parents, et ce repas a pris une tournure vraiment très spéciale, à laquelle je ne m'attendais pas. Je me suis encore sentie harcelée, par des questions d'ordre privé sur la vie intime d'un de mes enfants. Ayant la permission de ce dernier à lever le voile, j'ai répondu ce qu'il voulait entendre depuis longtemps: OUI....cette réponse a déclenché un flot de paroles, qui m'a emporté sur les berges de mon enfance, je n'ai rien compris à ce qui a pu provoquer cette grande vague lorsque mon père m'a rappelé un évènement que j'ai occulté complètement, je devais avoir 10 ou 11 ans: il me reproche d'avoir eu une réaction de recul démesurée face à une situation pour lui, de jeu puisqu'il me faisait des chatouilles. J'ai manifesté mon refus d'une façon violente, à subir ce sort qui pour moi semble t'il n'était pas un jeu; cet évènement a pris une importance illégitime. Il a été tellement bouleversé, qu'après en avoir parlé à maman, il s'est senti dans l'obligation de prendre la décision de cesser (à partir d'un évènement qui aurait du passer inaperçu) toute manifestation affectueuse avec tous ses enfants; il s'est demandé ce que j'avais pu imaginer dans ma tête et que ça devait être n'importe quoi!!!pour lui je ne pouvais qu'imaginer un truc malsain!! en somme, pour lui, ma réaction avait eu pour conséquence cette terrible prise de distance physique avec ses gamins qui avaient 11, 10, 8 et 7; je suis, pour lui, la responsable d'un tel désastre affectif; à plusieurs reprises les larmes m'ont submergées, j'ai été tentée maintes fois de prendre la fuite, pour sortir de cette tempête. J'étais comme une petite coquille de noix ballotée dans tous les sens, qui essayait de flotter dans la tourmente, j'aurai pu me laisser couler pour ne plus entendre ce discours accusateur; mais j'ai tenu, face à lui, en lui rappelant que dans l'histoire c'était lui l'adulte, et que je ne vois pas pourquoi je n'avais pas le droit de dire NON; mais il n'a rien compris, je suis persuadé à 100% qu'il n'avait aucune mauvaise intention, le plus terrible c'est que j'ai carrément oublié cet évènement, alors que ma soeur S. elle s'en rappelle. Dans l'après-midi j'en ai reparlé avec maman, essayant de trouver une explication raisonnable à cette réaction tant critiquée. J'ai rappelé à maman mon aversion excessive pour les mauvaises odeurs, notamment pour les odeurs corporelles; papa baigne la plupart du temps dans un halo malodorant, plus ou moins intense, à la sueur âcre, malgré une bonne hygiène, qui m'incommode horriblement, et cela depuis toujours j'imagine; je pense avoir un odorat trop développé, et ce sens exacerbé m'handicape au quotidien, notamment dans ma vie intime; étrangement dans mon métier de soignante, j'ai réussi à le gérer, comment? je ne sais pas? une chose est sûre c'est que je suis une obsédée des mauvaises odeurs qui peuvent émaner de moi ou des autres. Ces situations peuvent me mettre dans un embarras indescriptible, jusqu'à avoir des réactions impulsives, voire frisant "la violence": m'éloigner subitement d'une personne qui me parle et qui a mauvaise haleine!!! la bienséance m'interdisant de lui hurler qu'elle pue de la "gueule"!!! j'ai entretenu durant de longues années une addiction aux chewing gum, à peine j'étais levée que j'en mettais un à la bouche, il fallait qu'il soit à la menthe, forte de préférence; j'en changeais régulièrement au cours de la journée, lorsque le goût s'était envolé, et ce... jusqu'au coucher; cette manie a achevé mon capital dentaire, désastreux, dès mon plus jeune âge. Je me retrouve avec une prothèse complète qui m'interdit maintenant, cet exercice masticatoire, qui me procurait un bien être inoubliable; les rares fois où je me laisse déraper vers ce plaisir intense, les douleurs qui naissent de quelques plaies buccales me rappellent à l'ordre, et je n'ai pas d'autre choix que de cesser pour ne pas souffrir, ayant par ailleurs suffisamment de douleurs multiples et intenses.
J'ai beaucoup de mal à comprendre quels sentiers tortueux mon père a emprunté pour partir de la confirmation de l'homosexualité d'un de mes enfants et arriver à un évènement dont mon père et moi étions les acteurs lorsque j'étais petite? Y a-t'il un lien? Pourquoi associer et combiner ces deux notions: l'homosexualité et une hypothétique transgression incestueuse? Pourquoi mon père a t'il attaché une telle dimension à un fait qui aurait du passer inaperçu, la preuve c'est que j'ai oublié cet évènement, alors que des souvenirs plus anciens sont gravés dans ma mémoire; Je resterai très certainement sur la question sans réponse, car il est hors de question que j'aborde à nouveau le sujet, mais ce qui m'interpelle c'est qu'il n'ai pu imaginer des raisons trés simples: "arrête j'en ai marre des chatouilles!" ou " ça suffit tu ne sens pas bon"; j'étais peut être déjà conditionnée pour censurer certaines choses, et je ne pouvais que dire " NON"!...

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