
Voilà près de huit mois qu'Alain a cessé de jouer des symphonies sensuelles sur les touches de mon corps qui par la magie des sens peuvent se transformer en un voluptueux piano. Mon musicien a abandonné, les partitions et a perdu l'inspiration, qui s'en ai allée, car il a compris qu'il ne pouvait composer chaque fois une nouvelle mélodie sans AMOUR avec un grand A.
Ce sentiment, non partagé, a refusé de s'installer, dans ce doux nid qui ne souhaitait qu'une chose: l'accueillir. Mais j'ai pris conscience, après deux années écoulées, que l'avortement de cette étrange passion, m'engloutissant était inévitable, et malgré une longue gestation, il a fallu me rendre à l'évidence, que je ne pouvais laisser n'importe quel artiste m'approcher.
Un seul prodige a su caresser ces notes et les métamorphoser en une eurythmie passionnelle, c'est celui avec qui j'ai partagé 20 ans de ma vie. Ce dernier a su au tout début, tel un accordeur, prendre son temps; avec patience il a réajusté chaque note, qui avait été saccagée dans un terrible accident, provoqué par trois ignobles écervelés. Par une nuit sans lune, "ces assoiffés de sexe" n'ont pas hésité un seul instant à voler la clef du couvercle protecteur de mon innocent clavier, je n'avais pas dix huit ans.


Comme l'a dit si bien Pablo Picasso:" certains peintres transforment le soleil en un point jaune, d'autres transforment un point jaune en soleil".
Le père de nos trois chefs d'oeuvres, a réussi à métamorphoser un piano désaccordé en un magnifique instrument digne des grands orchestres, sur lequel il a d'abord pris le temps de jouer pianissimo, de douces mélodies pour m'apprivoiser afin de me transformer, de me façonner, de me métamorphoser en un clavier possédant toutes les tonalités se baladant entre pianissimino à fortississimo, sans oublier les indications de mouvements de grave à prestissimo auxquelles s'ajoute le tempo de crescendo voire diminuento. Ce dernier peut être plus ou moins rapide, plus ou moins lent, aller en accélérant ou en ralentissant, il peut être aussi suspendu, libre ou aléatoire, dans ce cas il est cadencé. Tous ces détails, ces précisions, ces nuances, ces teintes, ces tonalités font partis du même registre que dans l'acte d'AMOUR. Un grand musicien est en totale harmonie avec son instrument, au point de pouvoir monter au sommet de la jouissance avec ce qu'il fait naître sous ses doigts, sous son archet, avec son souffle, au point de savoir faire partager ses sensations ultimes à un public initié.
J'ai eu le bonheur de partager la vie avec un grand artiste connu de moi seule, dans la plus stricte intimité, et puis cet homme a changé de style de musique, a mis un certain temps pour découvrir d'autres nuances, d'autres tonalités, d'autres couleurs qui n'étaient plus les miennes. Et il s'en ait allé quêter ailleurs, en abandonnant l'instrument qu'il avait façonné avec tant d'amour, tant de temps et de patience. Il a trouvé son idéal, pour créer un nouveau genre, et moi je suis là, seule, abandonnée, sans aucune partition, elles ont toutes brûlées, seul un petit tas de cendres s'est envolé, par un jour de grand vent.

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